lundi, 03.11.2025

Travail en terrain pentu – L’indispensable justificatif de sécurité

À Liestal, des forages de 16 mètres de profondeur sont effectués pour des clous d’encrage sur un terrain pentu et glissant. Un travail démesurément risqué sans une aide géotechnique, un certificat de stabilité et un contrôle permanent. 

À première vue, la fouille de construction située dans la partie supérieure du Burghaldenweg à Liestal ne paie pas de mine, mais elle est coincée entre deux parcelles, à six-​sept mètres de profondeur et le poids maximal autorisé de la route qui y mène en limite l’accessibilité. Ici, rien n’est laissé au hasard. Les parois sont recouvertes de 20 centimètres de béton projeté armé et renforcées par plusieurs rangées de clous de 16 mètres de long enfoncés dans la roche. 

La pente est marquée. Il y a eu des glissements de terrain. Le sous-​sol composé d’éboulis et de débris calcaires recouvrant une couche d’argile opaline, glissante, est considéré comme un risque classique. L’eau qui s’infiltre jusqu’à l’argile peut à tout moment déclencher de nouveaux mouvements. «On sait que le sol glisse. L’important est donc de détecter les risques le plus précocement possible et de contrôler régulièrement la sécurité», nous explique sur place David Szczepinski, ingénieur géotechnicien (MSc en géologie, spécialisation en géotechnique, du bureau de géologie Ryser und Partner AG), tout en observant les points de mesure. 

Le justificatif de stabilité: une obligation, un devoir 

Avant l’arrivée des premières excavatrices, il a fallu effectuer des calculs. Le contrôle de stabilité permet de déterminer si les talus, les parois clouées et les pieux peuvent supporter les charges, et ce pour toute la durée des travaux. «Pour moi, sécurité rime avec calculs. Sans preuve mathématique, je ne serais pas ici», lance David Szczepinski. 

Par «calcul», il entend la modélisation détaillée du terrain à bâtir: les différentes couches de sol, charges et eaux de ruissellement sont représentées dans un logiciel, où différentes variantes sont testées et les risques mis en évidence. Ce n’est que sur la base des résultats chiffrés que la direction des travaux pourra décider en toute sécurité si le béton projeté, les clous ou les pieux constituent la solution appropriée. 

En Suisse, le justificatif de stabilité est régi par des normes SIA. En complément, l’ordonnance sur les travaux de construction (OTConst) exige que les pentes des talus soient toujours adaptées à la stabilité du sol. Si des risques supplémentaires apparaissent, par exemple en raison de fortes précipitations, de vibrations, d’eau de ruissellement ou de charges provenant de véhicules et de machines, des mesures de stabilisation deviennent obligatoires. Par ailleurs, à partir d’une hauteur de talus supérieure à quatre mètres, en cas de pentes plus raides ou si les eaux souterraines ont une incidence, un justificatif de sécurité doit être présenté. 

Pour obtenir un justificatif de sécurité, les entreprises de construction font appel à un ingénieur spécialisé ou à un géotechnicien. Celui-​ci effectue les calculs, documente les résultats et assume la responsabilité des mesures retenues. Si ce document n’est pas fourni ou est lacunaire, cela peut entraîner des risques techniques tels que des tassements ou des glissements de terrain, en plus d’engager la responsabilité civile des concepteurs et des exécutants. 

Le suivi: un indispensable complément 

Les calculs ne suffisent cependant pas. «Il faut un peu de jeu pour que le clou accroche, comme une cheville enfoncée dans un mur.» Un géomètre surveille la fouille chaque semaine pour s’assurer que tout est en ordre. Les mesures géodésiques montrent si la paroi bouge. Au besoin, les intervalles peuvent être raccourcis. Des inclinomètres peuvent également être utilisés pour enregistrer les mouvements souterrains. Plus il y a de points de mesure, plus la sécurité est grande. 

Le chantier de Liestal est révélateur des étroits liens qui unissent la théorie et la pratique: l’ingénieur ne reste pas assis devant son ordinateur, il se rend régulièrement entre la foreuse et le mur en béton projeté, discute avec le contremaître et la direction des travaux. «Les plus grosses erreurs surviennent lorsque l’on travaille sous la pression du temps. La sécurité nécessite de la patience et des attentes claires.» 

Des enseignements à tirer 

Cette fouille du Burghaldenweg montre combien chaque terrain recèle son lot de difficultés. Sur terrain escarpé, aucune solution standardisée ne convient. Il faut intégrer dès que possible la géotechnique. Les calculs et la surveillance constituent la base, mais l’expérience et la présence sur le chantier comptent également. 

Béton projeté, clous, points de mesure: rien de tout cela n’agit seul. La sécurité n’est assurée que lorsque tous ces éléments fonctionnent ensemble et que les personnes impliquées restent vigilantes. Pour les chefs de chantier, les contremaîtres et les maîtres d’ouvrage, cela signifie qu’il ne faut pas considérer le justificatif de sécurité comme une formalité, mais comme un élément essentiel à la protection des personnes et des bâtiments. En effet, lorsque la sécurité est négligée dans la construction, c’est la responsabilité qui s’engage dans la pente.

À propos de l’expert

David Szczepinski est titulaire d’un master en géologie avec une spécialisation en géotechnique. Il est diagnostiqueur en polluants du bâtiment auprès du FACH et spécialiste OFSP du radon. Il travaille au bureau de géologie Ryser und Partner AG et met régulièrement à profit son expérience de plus de 15 ans sur les chantiers.

La sûreté des fouilles en trois points

  • Produire rapidement le justificatif de stabilité
    Les calculs de sécurisation des fouilles s’imposent pour chaque phase de planification. Ils détaillent la portance, les risques et les variantes, et sont prescrits par la loi.
  • Effectuer un suivi rigoureux
    Les mesures géodésiques, inclinomètres et points d’ancrage permettent de visualiser les mouvement de la roche. Plus la surveillance est accrue, plus la sûreté des travaux sera garantie.
  • Intensifier la collaboration
    La communication doit être fluide entre les géotechniciens, la direction des travaux et les contremaîtres. Sur les chantiers, la sécurité est garantie quand la théorie et la pratique progressent ensemble.